Enseigner la communication à distance en temps de pandémie : innovations et limites

Il y a un an, la propagation de l’épidémie de SRAS-cov2 a contraint le monde universitaire à passer tous ses enseignements à distance, sans délai ni préparation. Enseigner à distance un cours conçu à l’origine pour être donné en présentiel est un défi de taille (Bonfils, 2020 ; Villiot-Leclercq, 2020) dans tous les champs disciplinaires, même si chacun a ses propres spécificités. La crise s’installe dans le temps et différentes modalités sont expérimentées, du tout distanciel à l’hybride en passant par le comodal (Gobeil-Proulx, 2019 ; Naffi, 2020). Au-delà des questions spécifiques des dispositifs techniques alternant présentiel et distanciel, les enseignants ont été confrontés à des problèmes de personnalisation des parcours, d’hétérogénéité des niveaux, ou encore de passivité des étudiants. Répondre à ces problématiques a pu être source d’innovation, mais aussi occasionner de la frustration.

Les modalités de l’enseignement majoritairement à distance en temps de crise posent des questionnements spécifiquement à la communication : sur la prise de parole, l’expression de soi, la collaboration ou encore l’évaluation de l’oral. Par ailleurs, la crise sanitaire a obligé enseignants et étudiants à intégrer les outils numériques dans leur quotidien. Mais au-delà des enseignements, c’est toute la société qui s’est emparée des outils numériques pour compenser la distanciation sociale, sollicitant massivement les compétences informationnelles et la culture numérique (Cardon, 2019) de la population, dans les situations de télétravail ou de loisirs.

Cet appel à contribution interroge le basculement à distance des cours de communication dans l’enseignement supérieur et propose de dresser un bilan critique et réflexif sur l’expérience des enseignants et la manière dont les étudiants vivent ce mode d’apprentissage. Trois questionnements seront à privilégier :

  •       Quelles sont les transformations dans l’activité d’enseignement amenées par le contexte de pandémie ?
  •       En quoi le recours massif aux outils numériques dans la société et dans le monde professionnel en particulier influe-t-il les contenus d’enseignement en communication ?
  •       A l’aune des enseignements à distance, de ses limites et de ses empêchements, quelles sont les spécificités de l’enseignement de la communication et de son nécessaire appui sur une interaction en présentiel ?

Sur l’axe des transformations de l’activité enseignante, les contributions pourront prendre la forme de comptes rendus d’expérience ou de recherches-actions. Plusieurs approches sont possibles : le développement professionnel des enseignants, l’innovation pédagogique, la conception de ressources, le travail collaboratif ou encore les modalités d’évaluation… Dans tous les cas, il conviendra de développer une démarche réflexive prenant, si possible, appui sur la littérature scientifique.

Concernant les contenus d’enseignement, les propositions pourront se pencher sur la question de l’évolution des cultures d’entreprise en termes de communication comme la digitalisation du recrutement (Cousserand-Blin & Pinède, 2018) ou le recours accru aux réunions distantes. On peut en effet se demander en quoi ces évolutions professionnelles peuvent modifier les contenus d’enseignement autour des techniques de recherche d’emploi ou encore de la communication organisationnelle par exemple. La question de la culture numérique des étudiants comme objet d’enseignement pourrait donner lieu à des contributions. En effet, les plateformes mobilisées pour les enseignements ont pu contribuer à développer des écritures plurimédias ou à intégrer de l’hypertextualité (Marcoccia, 2016 ; Penloup, 2017) dans les échanges entre étudiants ou avec les enseignants. Enfin, le développement des compétences transversales, comme le travail en autonomie particulièrement important pour la réussite des étudiants dans un contexte d’isolement, peut également faire l’objet de propositions.

Le dernier axe pourra aborder les questions des limites techniques (connexion, interopérabilité…) et de la précarité numérique des étudiants, les questions d’équité que génère celle-ci (Naffi et al., 2020) ou encore les problématiques liées à l’évaluation (plagiat, tricherie). Les difficultés d’implication et de motivation des étudiants dans le contexte d’un enseignement à distance subi sont également une piste possible. Les propositions ne devront pas se limiter à poser un constat subjectif, mais devront étayer leur point de vue sur une collecte de données ou témoigner d’une démarche d’objectivation. Les analyses pourront s’accompagner de propositions pour contourner les limites identifiées ou encore mettre en évidence la nécessité des interactions en présentiel pour certains enseignements.

Ce thème, qui se veut largement ouvert, n’est exclusif d’aucun champ académique (sciences de l’éducation, sciences du langage, sciences de l’information et de la communication, sciences cognitives, sociologie, psychologie, lettres et arts, sciences de la gestion). Deux formats pourront être proposés : un format court (20 000 signes environ), pour les analyses de pratiques et un format plus long (35 000 signes) pour les articles théoriques. Indiquer le format retenu dans la proposition.

Les propositions d’article (3000 signes maximum), accompagnées d’une brève bibliographie (Style APA 7e ed.) et d’une courte présentation du rédacteur doivent être envoyées avant le 1er mars 2021. Les articles seront à déposer sur la plateforme NumeRev. Vous devez vous connecter/inscrire pour pouvoir accéder à l’espace de dépôt.

Les propositions seront expertisées en double aveugle. La composition du conseil scientifique est disponible sur le site de la revue : https://pratiquescom.numerev.com/

Pour plus d’information : pratiquesdelacommunication@gmail.com .

Calendrier :

  • Soumission de la proposition avant le 15 mars 2021
  • Retour aux auteurs le 15 avril 2021
  • Réception de l’article complet : 15 juillet 2021
  • 2e retours aux auteurs : 1er septembre 2021
  • Réception de la version finale : 1er octobre 2021
  • Publication novembre 2021

 Bibliographie

Bonfils, P. (2020). Repenser les dispositifs de formation à l’aune de la pandémie ? Distances et médiations des savoirs. Distance and Mediation of Knowledge, 31, Article 31. http://journals.openedition.org/dms/5583

Cardon, D. (2019). Culture numérique. Presses de Sciences Po.

Cousserand-Blin, I., & Pinède, N. (2018). ‪Digitalisation et recrutement‪. Communication Organisation, n° 53(1), 9‑16.

Gobeil-Proulx, J. (2019). La perspective étudiante sur la formation comodale, ou hybride flexible. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire / International Journal of Technologies in Higher Education, 16(1), 56‑67.

Marcoccia, M. (2016). Analyser la communication numérique écrite. Armand Colin.

Naffi, N., Davidson, A.-L., Kaufman, R., Clarck, R., Beatty, B., & Paquelin, D. (2020). Disruption in and by Centres for Teaching and Learning During the COVID-19 Pandemic Leading the Future of Higher (N. Naffi, Éd.). Université de Laval. https://www.docdroid.com/L0khasC/whitepaper-disruption-in-and-by-centres-for-teaching-and-learning-during-the-covid-19-pandemic-leading-the-future-of-higher-ed-21-08-2020-pdf

Naffi, N. (2020b). Le modèle de conception de cours hybride-flexible (HyFlex) : Une stratégie pédagogique gagnante en ces temps d’incertitude. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 17(2), 136‑143. https://doi.org/10.18162/ritpu-2020-v17n2-14

Penloup, M.-C. (2017). Didactique de l’écriture : Le déjà-là des pratiques d’écriture numérique. Le francais aujourd’hui, N° 196(1), 57‑70.

Villiot-Leclercq, E. (2020). L’ingénierie pédagogique au temps de la Covid-19. Distances et médiations des savoirs. Distance and Mediation of Knowledge, 30. http://journals.openedition.org/dms/5203