« C’est triste, la communication à distance ! » (Marga, étudiante en IUT)

 

Jeudi 4 juin 2020, l’Association des Enseignants de Communication d’IUT, l’AECIUT, a organisé, à la place de ses rencontres nationales annuelles, un webinaire. L’une des deux thématiques retenues portait sur la question d’un enseignement de la communication à distance.

Conformément à notre esprit d’échange et d’innovation pédagogique, nous y avons présenté et discuté les multiples façons dont nous avons reconfiguré nos cours, depuis la mi-mars, pour continuer d’assurer à nos étudiants la meilleure formation possible dans le contexte de pandémie et de confinement.

 

Une évidence n’a toutefois cessé d’être répétée : l’enseignement à distance est aux antipodes des cours d’expression-communication au programme des Instituts Universitaires de Technologie. La communication n’est pas uniquement la transmission d’informations brutes et froides d’un individu à un autre. La communication est aussi, et surtout, un échange et, en cela, elle est un lien tissé entre des individus dans des sphères de natures variées : professionnelle, politique et privée notamment.

Un étudiant est à la fois un futur professionnel, un nouveau citoyen (il est majeur depuis peu et commence à pleinement exercer ses droits et devoirs) et un individu jeune qui se nourrit de ses échanges avec les autres. C’est pour l’accompagner dans l’appropriation de ces différentes facettes de son individualité que des cours de communication lui sont dispensés pendant ses études, en particulier dans le cadre de sa formation en Institut Universitaire de Technologie qui, au-delà de la transmission de savoirs, privilégie, en accord avec les récentes évolutions de l’enseignement primaire et secondaire, l’acquisition de compétences, plébiscitée par l’OCDE et les recruteurs. Dans ce contexte, l’enseignement de communication est central : il permet aux étudiants d’acquérir les compétences nécessaires aux professionnels qu’ils seront bientôt, et il leur permet de développer les qualités qui les établiront en tant qu’individus réfléchis et curieux du rapport à l’autre.

 

En effet, ces cours forment plus précisément les étudiantes et étudiants à la maîtrise de la communication écrite, orale, visuelle, mais aussi orale et non verbale, et plus largement aux relations interpersonnelles. En outre, ils les invitent constamment à développer leur esprit critique, à aborder une question sous tous ses angles à argumenter et à défendre leur point de vue. Le contact et les échanges avec les camarades et l’enseignant sont au cœur de cet apprentissage.

Depuis les travaux en neurosciences de Giacomo Rizzolatti sur les neurones miroirs, au début des années 2000 (https://www.academie-sciences.fr/pdf/membre/s121206_rizzolatti.pdf), qui doute encore de l’impérieuse nécessité pour l’élève, l’étudiant ou tout autre type d’ “apprenant” de voir et d’observer l’enseignant ou le formateur pour suivre sa pensée, comprendre sa démarche, et développer ensuite, par imitation, une réflexion ou une action autonome efficace ? L’apprentissage, pour permettre à l’étudiant de comprendre l’action, doit impliquer le système moteur, impossible à solliciter si l’observateur n’est pas en présence de l’acteur.

 

En outre, pour que des échanges permanents et fructueux aient lieu à chaque séance, tous les modules de communication sont enseignés dans le cadre de travaux dirigés ou de travaux pratiques. Les étudiants sont réunis en groupes de 12 à 30 personnes, ils apprennent à se connaître, à s’écouter, à respecter les idées différentes des leurs. Aucun cours magistral ici. La salle de classe est un lieu où l’on construit ensemble des compétences, où les étudiants produisent réflexions, textes, présentations, documents professionnels. Tout l’apprentissage repose sur un échange permanent, sur des interactions fréquentes, des mises en situation et des jeux de rôle.

 

C’est d’ailleurs parce qu’ils recherchent ce cadre que les lycéens se tournent vers les formations en IUT. Ils savent qu’ils y passeront moins de temps à travailler seuls en bibliothèque ou face à leur ordinateur que dans d’autres structures d’enseignement supérieur, qu’ils n’y seront pas noyés dans un ensemble anonyme mais seront accompagnés de façon individuelle par des enseignants qui les connaissent tous personnellement et par des camarades avec lesquels ils sont invités à collaborer dans le cadre même des cours, qui font la part belle au travail en groupe et à la gestion de projet.

De ce fait, comment pourrait-on imaginer une rentrée universitaire 2020 toujours à distance, ou même hybride ? Comment le ministère peut-il lancer un appel à projets sur l’hybridation des formations d’enseignement supérieur (le vendredi 5 juin 2020), y compris dans les DUT, sous le label « Investissements d’avenir » ? L’avenir ne sous semble pas de revenir à une transmission unilatérale du savoir façon IIIe République, d’un enseignant sachant à un étudiant largement passif ? Et ce n’est pas la captation par webcam, l’habillage en MOOC ou le dépôt sur une quelconque plate-forme qui donnera l’illusion d’une innovation admirable. Même nos étudiants en informatique n’en peuvent plus et demandent à retrouver les salles de cours qui certes pourront être aménagées en fonction de la crise sanitaire.

 

A l’heure où l’activité économique reprend, nous demandons à ce que la pédagogie reprenne elle aussi ses droits, « quoi qu’il en coûte » s’il s’avère que les classes bondées ne sont désormais plus tenables. Nous soutenons les appels à rouvrir les universités en y ajoutant notre voix d’enseignants de communication en IUT.

 

Hélène Franoux

Isabelle Hautbout

Membres de l’AECIUT